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Une poule pour les oeufs


La poule
Jules Renard (1864 - 1910)

Pattes jointes, elle saute du poulailler, dès qu'on lui ouvre la porte.
C'est une poule commune, modestement parée et qui ne pond pas d’œuf d'or.

Droite sous son bonnet phrygien, modestement parée, la poule commune ne pond pas d’œuf d'or.

Éblouie de lumière, elle fait quelques pas, indécise, dans la cour.
Elle voit d'abord le tas de cendres où, chaque matin, elle a coutume de s'ébattre.
Elle s'y roule, s'y trempe, et d'une vive agitation d'ailes, les plumes gonflées, elle secoue ses puces de la nuit.
Puis elle va boire au plat creux que la dernière averse a rempli.
Elle ne boit que de l'eau.
Elle boit par petits coups et dresse le col, en équilibre sur le bord du plat.
Ensuite elle cherche sa nourriture éparse.
Les fines herbes sont à elle, et les insectes et les graines perdues.
Elle pique, elle pique, infatigable.
De temps en temps, elle s'arrête.
Droite sous son bonnet phrygien, l’œil vif, le jabot avantageux, elle écoute de l'une et de l'autre oreille.
Et, sûre qu'il n'y a rien de neuf, elle se remet en quête.
Elle lève haut ses pattes raides, comme ceux qui ont la goutte.
Elle écarte les doigts et les pose avec précaution, sans bruit.
On dirait qu'elle marche pieds nus.

Histoires naturelles (1896)

Oeufs couvés sous les aisselles


Toine, une nouvelle de Guy de Maupassant (1850 - 1893)

Antoine Mâcheblé dit Toine est cabaretier de son état. C'est un bon vivant qui aime s'amuser et se délecter de sa fameuse " fine ".
Un jour, il a une attaque qui le laisse paralysé et le cloue définitivement au lit.
Sa femme (éleveuse de poules) ne supporte plus de le voir inactif. Elle le traite de propre à rien, de fainéant et de gros soûlot !
Elle a alors l'idée de lui faire couver des œufs afin qu'il se rende utile. Elle en met cinq sous un bras et cinq sous l'autre.
La chaleur de ce gros corps inerte fait éclore les œufs sous le regard émerveillé de Toine et l’œil intéressé de sa femme.

Dessin anonyme parut dans La Lanterne du 5 août 1888 conservé à la Bibliothèque Nationale de France.

T'as de beaux oeufs


Quand Marcel Proust parle d'Albertine.

... Quelquefois, sans y penser, quand on regardait sa figure ponctuée de petits points bruns et où flottaient seulement deux taches plus bleues, c'était comme on eût fait d'un œuf de chardonneret, souvent comme d'une agate opaline travaillée et polie...où, au milieu de la pierre brune, luisaient comme des ailes transparentes d'un papillon d'azur, les yeux où la chair devient miroir et nous donne l'illusion de nous laisser plus qu'en les autres parties du corps, approcher de l'âme.

A l'ombre des jeunes filles en fleur.


Oeuf de chardonneret, photo Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Voilà donc à quoi ressemblait Albertine ! Deux ailes d'un papillon bleu achèverait le portrait avec élégance.

Oeu'nirique


Où l'on apprend qu'il n'est pas bon de rêver d’œufs cassés.

Jean-Baptiste Poquelin dit Molière (1622 - 1673) fait allusion à ce mauvais présage par l'intermédiaire de deux de ses personnages ; Clitidas et Marcarille dans respectivement :  " Les amants magnifiques " et " Le dépit amoureux ".


Les amants magnifiques. Acte premier. Scène 2.
<< ... Cette nuit, j'ai songé de poisson mort et d’œufs cassés ; et j'ai appris du seigneur Anaxarque que les œufs cassés et le poisson mort signifient malencontre. >>

Le dépit amoureux. Acte 5. Scène 6.
<< Les disgrâces souvent sont du ciel révélées :
     J'ai songé cette nuit de perles défilées,
     Et d’œufs cassés  : Monsieur, un tel songe m'abat. >>

Oeufs de Pâques

Oeufs de Pâques

Oeufs en chocolat moulés dans des coquilles vides d’œufs de poule.

Voici venir Pâques fleuries,
Et devant les confiseries
Les petits vagabonds s'arrêtent, envieux.
Ils lèchent leurs lèvres de rose
Tout en contemplant quelque chose
Qui met de la flamme à leurs yeux.

Leurs regards avides attaquent
Les magnifiques œufs de Pâques
Qui trônent, orgueilleux, dans les grands magasins,
Magnifiques, fermes et lisses,
Et que regardent en coulisse
Les poissons d'avril, leurs voisins.

Les uns sont blancs comme la neige.
Des copeaux soyeux les protègent.
Leurs flancs sont faits de sucre. Et l'on voit, à côté,
D'autres, montrant sur leurs flancs sombre
De chocolat brillant dans l'ombre,
De tout petits anges sculptés.

Les uns sont petits et graciles,
Il semble qu'il serait facile
D'en croquer plus d'un à la fois ;
Et d'autres, prenant bien leurs aises,
Unis, simples, pansus, obèses,
S'étalent comme des bourgeois.

Tous sont noués de faveurs roses.
On sent que mille bonnes choses
Logent dans leurs flancs spacieux.
L'estomac et la poche vides,
Les pauvres petits, l’œil avide,
Semblent les savourer des yeux.

Marcel Pagnol 1895 - 1974