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Les deux rats, le renard et l'oeuf


Illustration de la fable de La Fontaine par Grandville.

Deux rats cherchaient leur vie, ils trouvèrent un œuf.
Le dîner suffisait à gens de cette espèce :
Il n'était pas besoin qu'ils trouvassent un bœuf.
Pleins d'appétit et d'allégresse,
Ils allaient de leur œuf manger chacun sa part,
Quand un quidam parut. C'était maître renard :
Rencontre incommode et fâcheuse.
Car comment sauver l’œuf ? le bien empaqueter,
Puis des pieds de devant ensemble le porter,
Ou le rouler, ou le traîner,
C'était chose impossible autant que hasardeuse.
Nécessité, l'ingénieuse,
Leur fournit une invention.
Comme ils pouvaient gagner leur habitation,
L'écornifleur étant à demi-quart de lieue,
L'un se mit sur le dos, prit l’œuf entre ses bras,
Puis, malgré quelques heurts et quelques mauvais pas,
L'autre le traîna par la queue.

Qu'on m'aille soutenir, après un tel récit,
Que les bêtes n'ont point d'esprit.

Jean de La Fontaine.

Les oeufs Fabergé


L'article précédent m'emmène tout naturellement à vous dire deux mots sur Peter Carl Fabergé ; orfèvre de la famille impériale russe.
Entre 1885 et 1916, c'est plus de cinquante œufs qui furent commandés à Fabergé par les tsars Alexandre III puis Nicolas II. Maria et Alexandra Féodorovna (leurs épouses respectives) étaient les heureuses destinataires de ces joyaux qui leurs étaient offerts à l'occasion des Fêtes Pascales.
Entre 1885 et 1894, la tsarine se vit offrir dix œufs par son mari Alexandre III. Son fils Nicolas II perpétua la tradition, et entre 1895 et 1916, il offrit vingt deux œufs à l'impératrice Alexandra et vingt deux autres à sa mère Maria.
Ces œufs extraordinaires sont de nos jours éparpillés un peu partout dans le monde. Au musée de l'Ermitage en Russie bien sûr, mais aussi à la couronne d’Angleterre, et d'autres dans des collections privées américaines.

Le premier œuf de Fabergé est une réplique réaliste d'une véritable coquille. Il est en or émaillé de blanc.
A l'intérieur se trouve le jaune qui contient une poule, les deux sont en or.
La poule enfermait une miniature de la couronne impériale en diamant et un petit pendentif en rubis, tous les deux disparus.

L'oeuf de Colomb


Découvreur du nouveau monde, Christophe Colomb laissa pour la postérité cette fameuse allusion historique qu'est l’œuf de Colomb.


Colombus breaking the egg, gravure de William Hogarth, 1697 - 1764.

De retour des Amériques le navigateur se vit contester la difficulté de sa découverte. "Il suffisait d'y penser" disaient ses détracteurs.
Colomb les mit alors au défi de faire tenir un œuf debout sur l'une de ses extrémités, sans le concours de support. Beaucoup essayèrent, mais leurs tentatives restèrent vaines.
Christophe Colomb se saisit alors d'un œuf et d'un coup sec le frappa sur la table donnant ainsi une assise stable à l'objet.
"Ce n'est pas difficile", s'exclamèrent les personnes présentes. Et monsieur Colomb de répondre : "Certes ! Mais il fallait y penser !"

Ab ovo


Locution latine signifiant : dès l’œuf. On pourrait traduire par depuis le commencement ou dès l'origine.
Allusion directe à l’œuf de Léda d'où sortie Hélène.

Léda et le cygne, d'après une œuvre perdue de Léonard de Vinci. Copie de Cesare da Sesto (16è siècle). Huile sur bois.

Selon la mythologie grecque, Léda eut Zeus pour amant. Il s'était métamorphosé en cygne pour la séduire. Elle mit au monde deux œufs. Dans l'un, les jumeaux Castor et Clytemnestre, dans l'autre Pollux et Hélène.
On dit que la naissance d'Hélène est à l'origine de la guerre de Troie, mais Homère, dans son Iliade ne remonte pas jusqu'à cet évènement pour raconter "ab ovo" le siège de la ville.
Horace le dit en ces termes :
Nec gemino bellum Trojanum orditur ab ovo
Soit : Il (Homère) ne commence pas la guerre de Troie à l’œuf double (de Léda)

Voir aussi l'article : De l'oeuf jusqu'aux pommes